Les 3 Gagnants
Prix autorité locale : Plage de Ngor
Mamadou Diouf et Alioune Guèye Diaré, Sénégal"Si j’ai personnellement décidé de m’investir dans ce projet c’est pour deux raisons principales : d’abord par conviction, dans la mesure où j’étais convaincu que seule une stratégie concertée pouvait permettre d’inverser la tendance concernant la plage de Ngor village ; puis par sentiment d’appartenance à la communauté Lébou puisque ma mère est Lébou originaire du village traditionnel de Ngor", Mamadou Diouf. ProfilsConseiller municipal au village de Ngor, Allioune Gueye est le coordonnateur du comité de gestion de la plage de Ngor village et de sa baie. Attentif aux valeurs de réciprocité, de dialogue et de concertation, il a mis en place avec le conseil municipal de Ngor un comité de gestion concertée de la plage. Son ambition est de susciter une synergie regroupant toutes les parties prenantes. Mamadou Diouf a été séduit par le projet et les valeurs qu’il défendait : concertation, autonomie, défense de l’environnement. Bien que n’étant pas directement partie prenante, il a souhaité soutenir la plage de Ngor en parrainant sa candidature au concours Harubuntu. Comment concilier traditions et modernité, pêche et tourisme ? C’est à un défi d’une telle ampleur qu’est confronté le village de pêcheurs de N’Gor, dont la plage est un lieu de grande affluence touristique.En cette période de canicule, la plage du village de Ngor, à une dizaine de kilomètres au Nord de Dakar, la capitale du Sénégal, ne désemplit pas. Elle est le point de ralliement de milliers de jeunes dakarois venant de différents quartiers de la capitale. Sous un parasol, Maïmouna Niang et sa sœur Bineta se prélassent sur le sable fin. Henriette Mendy, jeune habitante d’une commune de Dakar, salue la présence de gendarmes, sapeurs pompiers et maîtres nageurs. "Ici, l’aire de baignade est délimitée et surveillée. D’ailleurs, on entend rarement des cas de noyades à Ngor", fait-elle remarquer. "Il y a moins d’agressions qu’avant", apprécie Alassane Diallo, père de famille. Pourtant, il y a quatre ans, la plage de Ngor, alors presque un dépotoir, n’avait pas cette belle réputation. Déchets encombrants et insécurité avaient fini par menacer l’environnement marin et l’activité traditionnelle de la pêche. Entre deux plongées, les baigneurs trouvaient toutes sortes d’ordures : sachets, bouteilles en plastique… Côté sécurité, certains gardent encore le triste souvenir du chavirement d’une pirogue qui transportait voilà dix ans plusieurs écoliers en excursion vers l’îlot de Ngor, à une centaine de mètres de la plage. Le bilan fut de quelques morts. Une initiative locale et concertéeLe conseil municipal a pris l’initiative, en mai 2005, de créer un comité de co-gestion de la plage, afin de la restaurer, surtout pendant les vacances. Une collaboration entre la commune, l’association des pêcheurs, les exploitants de la plage et les transporteurs a ainsi débuté. Leur souci est de créer un intérêt commun pour une gestion durable de la plage. Le comité vise trois points essentiels : la sécurité des biens et des personnes sur la plage, la sécurité des baigneurs et la protection de l’environnement. "Certains estivants y laissaient des déchets et on comptait en moyenne trois cas de noyade par semaine!", explique Alioune Guèye Diaré, coordinateur du comité de co-gestion. Aujourd’hui, la plage est devenue payante. Les revenus ainsi collectés ont permis de salarier des personnes pour la nettoyer. D’autre part, le comité de gestion de la plage a organisé une formation avec les sapeurs pompiers en 2005 pour former 25 jeunes du village aux premiers secours et à la surveillance de la plage. Depuis, les décès par noyade ont fortement chuté à N’Gor. Ababacar Guèye, InfoSudLien vers la vidéo: http://www.ngo-tv.com/video-219 |
Prix entreprenariat: Africaura
Joseph Danjie, Cameroun"Nos petits ou grands écrans sont trop envahis d’images de nous qui nous viennent d’ailleurs, et dont nous sommes parfois prisonniers... Il est possible de trouver dans notre culture africaine des éléments porteurs de développement" ProfilCameraman camerounais, Joseph Danjie met ses qualités d’excellent communicateur au service de ses valeurs : il croit fermement en l’intelligence et en la créativité africaines et les valorise à travers ses projets. Avec l’association AfricAura, la Voie Africaine, dont il est le fondateur, il œuvre pour la promotion de la culture africaine. Son travail est centré sur l’estime de soi, qu’il utilise comme point de départ et d’appui pour le questionnement et la mobilisation des valeurs, des savoirs et des archétypes des Africains par eux-mêmes. Un projet de série télévisée africaine initié au Cameroun visera à faire de l’image un instrument de développement du continent, en y incluant la participation des populations.C’est dans cette optique qu’il a mis sur pied le projet AfricAura. Il s’agit de produire et diffuser une série télévisée panafricaine dont la démarche sera d’explorer la culture africaine dans une optique de développement. Vincent Ndoumbè, collaborateur de longue date et partageant les mêmes ambitions que lui, est associé au projet. Un premier volet d’AfricAura a consisté en la création, par dix artistes, d’une collection de cinquante-deux tableaux originaux qui tentent de présenter la vie quotidienne des Africains, en illustrant leur bonheur, leurs valeurs et leur sagesse. "Après une première écriture de la future série, nous avons résumé chacun des 52 épisodes sous forme de tableaux. Ils ont été réalisés par une dizaine d'étudiants en arts plastiques de l’Université de Yaoundé", explique Joseph Danjie. Ces œuvres ont déjà été exposées au Cameroun et aux Etats Unis, dans l’espoir d’éveiller l'intérêt d'éventuels bailleurs de fonds, absents actuellement, pour la production de la série télévisée. Travailler l’image pour trouver la voie africaine"Pour cerner les images susceptibles de toucher directement les Africains à travers cette série", explique Vincent Ndoumbè, "des chercheurs en sciences sociales identifieront les moments forts, les symboles, les valeurs qui rendent l’Africain bien différent de tout ce que la mondialisation veut lui imposer." Pour ne pas avoir tenu compte des spécificités culturelles du continent africain, beaucoup de projets de développement se sont soldés par des échecs, ayant fait l’économie d’une participation des populations concernées. Travailler sur l’image peut être une façon d’arriver à explorer les perspectives africaines de développement. La future série sera intégrée dans les programmes de l'Urtna (Union des radios et télévisions nationales d'Afrique), institution de l'Union africaine, afin d’être diffusée dans presque tous les pays africains. Etienne Tassé, InfoSudLien vers la vidéo: http://www.ngo-tv.com/video-220 |
Prix société civile : Kikora
Deo Baribwegure, Tanzanie"Pour construire une société civile responsable, il faut la connaissance et la conscience". Profil"Science sans conscience n’est que ruine de l’âme", Deo Baribwegure reconnaîtrait sans doute dans la célèbre formule rabelaisienne le moteur de son engagement. Confronté à l’arbitraire du pouvoir dans son pays d’origine, le Burundi, il a décidé lors de son arrivée en Tanzanie de contribuer à la création d’une société civile responsable, alliant connaissances et conscience. Son projet d’enseignement à distance Kicora inclut un volet de sensibilisation à des questions telles que le rôle de la femme dans la société ou la protection de l’environnement. À Kigoma, au Nord-Ouest de la Tanzanie, un projet d’enseignement à distance se développe, avec pour espoir de contribuer à la création d’une société responsable et solidaire.C’est à quelques mètres du lac Tanganyika, dans la région de Kigoma, au Nord-Ouest de la Tanzanie que le projet d’enseignement à distance Kicora a été lancé. "Le but est d’offrir une éducation de niveau primaire, et donc de base, à ceux qui n’ont pas eu l’opportunité d’aller dans une école ordinaire à l’âge d’être scolarisés", ambitionne Déo Baribwegure, initiateur du projet. Et ils sont nombreux à Kigoma, région ‘oubliée’ en termes de développement social et économique. Loin de la capitale, cette zone économiquement faible est limitée en ressources et infrastructures. Un nombre croissant de sans emploi, un taux d’analphabétisation élevé, une pollution environnementale envahissante et une prévalence élevée au VIH-Sida sont les tristes caractéristiques de Kigoma. C’est l’an passé que Deo Baribwegure a enfin pu initier ce projet : un système d’alphabétisation à distance qui permettra aux plus âgés de suivre la classe à la maison. Déo, engagé corps et âme pour cette région, veut apporter à ceux qui le souhaitent un enseignement complet regroupant des connaissances et une sensibilisation aux droits et devoirs de chacun. Outre l’enseignement, il s’agit donc de susciter une prise de conscience sur diverses problématiques : environnement, égalité entre les sexes, droits civiques, etc. Le travail d'éducation a déjà commencé et bientôt sera lancée la radio communautaire Kicora afin de toucher plus de personnes, notamment les analphabètes. Actuellement, les enseignants pré enregistrent des leçons sur un appareil MP3. Les étudiants inscrits choisissent, s’ils en ont les moyens, de se procurer leur propre MP3, ou de suivre ces leçons au sein d’un groupe d’étude réuni dans un local de leur quartier. "Pour le suivi, les étudiants doivent parfois venir au quartier général de Kicora, à Ujiji, pour rencontrer face à face leurs professeurs", témoigne Déo. Les 5 enseignants engagés dans le projet visitent également certains groupes lorsqu’ils le jugent nécessaire. "300 étudiants de 14 à plus de 60 ans, répartis en 5 groupes, suivent actuellement nos formations", ajoute le directeur. Hassan Abbas, InfoSudLien vers la vidéo: http://www.ngo-tv.com/video-221 |
Les 12 Coups de Coeur du Jury |
Graine d’espoir
Mahamane Garba Touré, Mali"La terre n’a pas soif du sang des guerriers, mais de la sueur des hommes". ProfilBiologiste de formation, Mahamane Garba Touré se prend de passion pour l'information lorsqu’il intègre, en 1999, la rédaction de l'hebdomadaire d'informations malien Le Continent. Trois ans plus tard, il se rend au Niger comme rédacteur en chef du mensuel d'informations Aïr Infos. Parallèlement, il mène des activités d'agronome. En 2006, il revient à Gao et devient chargé de cours et de travaux pratiques en sylviculture, arboriculture et conservation des sols au CFP-AS. Son rêve : créer un groupe local indépendant de presse rurale. Le magazine Graine d’espoir ambitionne de faire connaître les initiatives et problématiques locales de Gao, à l’Est du Mali, et ainsi contribuer au développement régional.Graine d'espoir, mensuel d'informations consacré au monde rural, est depuis juin 2007 dans tous les kiosques de Gao, au Mali. Il est aujourd’hui le seul journal de cette localité à paraître régulièrement. "J’ai créé Graine d'espoir afin d’occuper le créneau vacant de l'information régionale et rurale à Gao. Mon but ultime est de faire vivre une presse locale", explique Mahamane Garba Touré, son promoteur. "Nous avons commencé avec nos propres moyens et comptons sur nous-mêmes", assure-t-il. Mahamane investit beaucoup dans ce projet et dirige à présent une équipe rédactionnelle composée du directeur général du Centre de formation professionnelle pour la promotion de l'agriculture au Sahel (CFP-AS), Ousmane Mamadou Maïga, et de deux journalistes. Cette petite rédaction occupe les locaux de ce centre de formation à Gao, où est effectué le montage du journal. Le mensuel s’intéresse au développement agricole sous tous ses aspects : les politiques mises en place au Mali comme les techniques, traditionnelles et modernes. L’équipe de journalistes veut attirer l'attention des décideurs sur les difficultés des populations. "En nous lisant, ils apprendront sur les activités de développement à Gao", ajoute Mahamane. "Mais ils sauront aussi ce qui ne va pas au quotidien". Dans le numéro de juillet, Graine d’espoir publiait un article critique sur le démarrage d’une campagne agricole à Gao, et un autre sur la santé des petits ruminants. Il critiquait également l'Initiative riz, programme gouvernemental visant à produire un million de tonnes de riz cette année en réponse à la crise alimentaire mondiale. Autant d’informations rurales fraîches, auxquelles s’ajoutent des articles traitant des techniques agricoles locales et traditionnelles. Mahamane Garbe Touré tient à développer une information de proximité. "C'est un moyen indispensable pour valoriser les potentialités locales et les amener à contribuer au développement de la région", analyse-t-il. Graine d'espoir s'est démarqué par sa connaissance profonde des réalités du septentrion malien lors du Forum de Kidal, rencontre initiée en 2007 par le gouvernement pour inciter les bailleurs de fonds à financer des projets de développement dans cet extrême Nord du pays où sévit une rébellion touarègue qui dénonce son isolement. "Notre ambition est de donner les grandes orientations du développement de la région", explique Mahamane. Mahamadou B. Cissé, InfoSudLien vers la vidéo: http://www.ngo-tv.com/video-222 |
Handifestival
Ousmane Thiendella Fall, Sénégal"Pour que le handicap ne soit plus un handicap". ProfilPour Ousmane Thiendella Fall, philosophe de formation et directeur du festival, les personnes handicapées doivent avoir les mêmes chances que tous, afin de conserver leur dignité, sans être assistées, ni discriminées. C’est pourquoi HandiFestival met en lumière ce qu’elles peuvent apporter au reste de la société. Mais HandiFestival est aussi une équipe comprenant Rokhaya Dramé qui a représenté HandiFestival lors de la remise des prix, Alassane Cissé, chargé de communication, Vieux Guèye, chanteur de Xamlé et président d’HandiFestival, et bien d’autres encore. HandiFestival, un festival culturel international dakarois ouvre un espace d’expression et de dialogue pour les personnes handicapées : il s’agit de valoriser leur talent et leur génie et de le communiquer au reste de la société.'Le regard est dans le coeur, la lumière dans l’esprit, et seule la volonté fait l’homme', telle est la devise du groupe de musique Xamlé. Oeuvrant pour l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées, cette association s’est alliée au groupe Baobab Communication pour créer HandiFestival, un festival en forme de plateforme culturelle internationale au Sénégal durant lequel la situation des personnes handicapées est mis en avant, et leurs talents valorisés. Peintres, musiciens, stylistes, des artistes d’horizons divers participent à HandiFestival. Pendant trois jours, ce sont leurs dons artistiques qui sont mis en exergue, et non leur handicap. Ils espèrent changer le regard que porte sur eux le reste de la société en montrant quels sont leurs atouts. Ndaraw Diop, joueur de kora, la harpe-luth africaine, explique : "nous ne voulons pas que les gens cataloguent notre musique comme étant celle des handicapés..., mais nous voulons plutôt qu’elle soit perçue comme une musique universelle et accessible à tout le monde". HandiFestival se veut un lieu d’échange où les handicapés font part de leurs capacités et de leur contribution à la société. Les talents des personnes handicapées enrichissent l’ensemble de la société.Après le succès de la première édition, en 2007, HandiFestival se déroulera du 18 au 20 décembre 2008 à Dakar. De nombreux événements culturels jalonneront ces trois jours : concerts, danse, défilé de mode, expositions. Les organisateurs prévoient également des temps de réflexion sur la place des personnes handicapées dans la société. L’image des personnes handicapées véhiculée par le festival est celle de personnes autonomes et créatives, l’occasion donc de convaincre de potentiels employeurs de la qualité des employés en situation de handicap. Installer des rampes d’accès, sous-titrer les films, développer les publications en braille, autant d’actions qui permettront de multiplier les lieux de rencontre et de dialogue entre les personnes handicapées et le reste de la société… en aboutissant sur de belles perspectives d’apprentissage mutuel. Car valoriser les talents des personnes handicapées et favoriser leur intégration socio-professionnelle c’est enrichir l’ensemble de la société de ces talents jusqu’alors méconnus, comme l’équipe d’HandiFestival l’a bien compris. Lien vers la vidéo: http://www.ngo-tv.com/video-223 |





















